Week-end aïkido

Chez Micheline Vaillant-Tissier Shihan

Ce week-end de Pentecôte est intense de par tout ce qui doit être conduit. Partis à 18 h de Châlons-en-Champagne, nous retrouvons le climat du sud sous les étoiles, au cœur de la nuit. Mes parents ont gentiment accepté de s’occuper de leurs petits-enfants pendant que je m’amuse sur les tatamis. Je voulais que ce séjour soit aussi un beau moment familial pour eux. Quel beau moment d’ailleurs ! Particulièrement avec les côtes de bœuf grillées au barbecue par mon père et partagées le samedi midi. Je ne suis pas sûr que ce soit une si bonne idée avec le stage intense qui s’annonce quelques heures plus tard, mais on en a bien profité.

Le maître mot de ce séjour est décidément la rencontre. En effet, je ne vous ai pas dit, nous faisons cette excursion en terre amicale à deux. J’ai l’honneur et le plaisir d’être accompagné par Simon Loiseau. Ce monsieur, que vous aurez l’occasion de découvrir, n’est autre que mon « frère d’armes ». Nous avons commencé l’aïkido quasiment en même temps à Châlons. Bien que nos routes n’aient pas été parfaitement communes au début, à cause d’une blessure que Simon a dû soigner avant de me rejoindre, nous ne nous sommes plus quittés depuis des années. Se suivant l’un l’autre dans toutes les étapes qui jalonnent la vie d’un pratiquant d’aïkido classique, nous avons avancé ensemble. C’est donc tout naturellement, alors que nous nous apprêtons à animer conjointement la section aïkido Nakama de l’éveil de Sarry, que nous nous sommes organisés ce week-end. Il sera l’occasion pour nous de parler et de construire cet avenir qui nous tient à cœur.

Rencontre aussi puisque, sans pouvoir le prévoir, nous nous sommes retrouvés à côtoyer des inconnus comme des sommités, tous aussi intéressants et enrichissants les uns que les autres. Ces surprises nous font vaciller entre un bonheur paisible — celui de partager un verre de vin d’orange au bord de la piscine, à faire connaissance — à l’intimidation puérile de se retrouver à la même table que Christian Tissier Shihan. Je n’oublie pas non plus les phases exaltées sur le tatami à découvrir des axes de travail qui me font, même avec le recul, ouvrir de grands yeux tel un enfant découvrant ses cadeaux.

Tout cela est possible grâce à Micheline Vaillant-Tissier Shihan. Ce maître d’aïkido est également un maître de générosité. En organisant cette rencontre annuelle, elle m’a permis de découvrir, il y a déjà plusieurs années, Jean-Marie, un homme au cœur d’or qui la suit beaucoup. Cette année, ma découverte la plus marquante est celle avec Daniel Legros et sa femme Colombe, tous deux 6e dan de Savoie. Je vous en reparle un peu plus loin, promis. Comme je ne veux oublier personne, je lance un grand merci à tous ceux qui m’ont fait le plaisir de travailler, ou de manger avec moi.

À côté de cela, Micheline nous ouvre sa porte tant pour nous offrir le gîte que le couvert (et la piscine). Avec son compagnon, ils nous chouchoutent. Comment ne pas savourer l’honneur qui nous est fait ? Cela m’a surtout donné l’occasion de découvrir un peu plus la personne tellement attachante qui se cache, pas tant que cela, derrière un maître à la renommée internationale.

Nous venons aussi ici, à plus de 800 km de la maison, pour faire de l’aïkido. L’affiche disait :

  • samedi : 16 h –  18 h 30
  • dimanche : 10 h –  13 h
  • lundi : 10 h –  12 h 30

Nous voilà donc partis pour un petit marathon que j’appréhende, je l’avoue, vu ma pratique peu intense de ces dernières semaines. Heureusement pour moi, mon corps tient le coup et plus les séances s’enchainent, moins les douleurs se font sentir. Je termine la dernière séance à bout d’énergie, mais avec une envie flamboyante de poursuivre le travail.

Je n’ai pas la prétention de vouloir décrire de manière exhaustive tout ce que Micheline a voulu nous transmettre. En revanche, je peux vous parler de ce que j’ai compris et retenu :

  • Conservation et utilisation du contact avec le partenaire : Pour ma part, ça a été mon fil rouge. À chaque contact, c’est ce que je cherche à comprendre, à voir. Ce moyen de communication par l’intention que mettent uke et tori dans l’attaque m’inspire énormément. J’y vois tellement de principes au seul point de rencontre que ma tête tourne en essayant de les énumérer. Je vous propose de balayer les plus évidents à mes yeux :
    • Harmonie : un mouvement (une technique, un déplacement…) n’a de sens que s’il est réalisé en fonction des actions du partenaire.
    • Économie/recherche de perfection : l’utilisation de l’énergie développée par le partenaire est le moteur même d’une pratique accessible à tous.
    • Ma-aï : le moment du contact, puis la conduite de celui-ci en permanence tout au long de la technique, sont d’une exigence capable de combler les recherches d’une pratique pendant des mois ou des années.
    • Intégrité qui engendre shiseï et kamae : le corps se structure pour se protéger et l’écoute développée durant la pratique aiguise les sens et la réactivité.
    • … je pourrai continuer des heures…

Christian dit souvent que « Tout l’aïkido est là » en désignant un point précis à la base de l’annulaire sur le tranchant de la main. Je ne prétends pas tout comprendre, mais j’espère esquisser la compréhension de ce qu’il entend par là. Micheline insiste tellement sur cette continuation de l’attaque que cela en est important aussi à mes yeux. Et, quand on passe au milieu… le stress monte pour être à la hauteur de ce dont elle a besoin pour s’exprimer.

  • J’ai appris et à peu près compris « sumi-otoshi » et « kotegaeshi » : ces deux techniques m’ont toujours posé un problème dans leur maîtrise. Kotegaeshi a beau être « la base », il est étonnant de s’apercevoir à quel point, en avançant en âge, on arrive à douter, à se remettre en question au fil des pratiques que nous découvrons. Je ne peux pas vous décrire mes sensations et mes recherches, mais je compte les développer dans ma pratique, puis dans mes cours.
  • « shiho-nage » au jo tant en sollicitation qu’en jo-dori : quelle variété ! Le souvenir étriqué et parfois erroné de la mise en œuvre de shiho-nage au jo formait des œillères desquelles je n’arrivais pas à m’extirper. Le travail que nous a fait faire Micheline durant ce stage consiste à ouvrir des perspectives pleines de promesses. Encore un travail à développer dans les mois à venir.
  • Dimanche puis lundi, Micheline a développé et explicité des exercices d’aïki-jo nouveaux, tous les deux tirés du nouveau livre de Christian Tissier Shihan. Je vous en reparle dans la page consacrée aux armes de mon site. Sa proposition m’a aussi éclairé sur la lecture que je devais avoir de cet ouvrage que je ne connaissais pas. Encore une fois, il y a beaucoup de travail en perspective !

Toutes ces recherches ne peuvent être efficaces que si nous travaillons à deux. C’est donc sur les tatamis que je rencontre d’abord Colombe puis Daniel Legros. Madame est ma première partenaire de tout le stage. Entre personnes de taille limitée, nous nous sommes bien trouvés. Cela étant, au moment où je la saisi, je comprends que cette dame sympathique et souriante est d’un niveau remarquable. Je suis impressionné par la puissance qu’elle peut développer, le tout enrobé d’une douceur bienveillante qui est très agréable en tant qu’uke. Dans la foulée, après le premier changement de partenaire, une personne inconnue se présente à moi. Daniel me fait cet honneur et il commence par me faire rire en me disant qu’il était embêtant à souhait, malgré qu’il ne puisse pas chuter facilement. Tout comme avec son épouse, je découvre une personne humble au sourire doux, mais avec une maitrise qui me laisse pantois. Bien que plus avancé en âge, une période de la vie à laquelle le corps fait souffrir, je me vois manipulé sans mal. Pour autant, il n’y a aucune prétention dans leur travail. Ma sensation est celle d’une vraie recherche commune où les blocages qui peuvent survenir sont de la non-complaisance, favorisant ainsi les progrès sans chercher à imposer un point de vue. Ce travail sur le tatami est suivi par un repas pris ensemble chez Micheline. Je découvre alors, avec plaisir, leur parcours et leur personnalité. Sans conteste, ils sont des personnes que j’espère recroiser un jour, sur le tatami ou en dehors.

En conclusion, je souhaite simplement dire :

MERCI MICHELINE !

Je vous encourage à suivre cette experte au cœur d’or.
Son site officiel : https://www.michelinetissier.com

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