
La pratique de l’Aïkido et les femmes, les avantages et les tabous.
Je vais vous partager mon expérience de l’Aïkido en tant que femme et pratiquante.
Je vais avoir 52 ans cette année, mais pas dans ma tête.
J’ai commencé l’Aïkido tardivement en octobre 2019, juste avant le confinement. J’avais 45 ans et je venais d’être maman pour la troisième fois.
Il y a plein d’avantages pour moi à pratiquer cette discipline. Premièrement, il n’y a pas de compétition, donc normalement pas de problème d’égos.
L’Aïkido est un vrai échappatoire, je m’y amuse,quelquefois comme une enfant.
Le club dans lequel je pratique est accueillant et la bonne humeur règne. Nous pratiquons entre adultes et adolescents et quelques fois avec les enfants.
Cela fait un grand bien dans la tête, et dans le corps.
Nous travaillons la mémoire, la posture, l’équilibre, le relâchement (que je n’ai pas encore tout à fait atteint… comme diraient mes partenaires, mais je ne peux pas tout relâcher, vous allez comprendre pourquoi). Dans cette pratique, nous faisons attention aux uns et aux autres. Le respect des codes et de l’intégrité de l’autre est une règle essentielle.
Quand j’ai poussé la première fois la porte d’un dojo (pour accompagner mes enfants), j’ai pu remarquer qu’il y avait une disparité homme/femme chez les pratiquants. Chez les enfants, il y a pas mal de fillettes, presque autant que les garçons.
A l’adolescence, les filles sont encore présentes mais dans une moindre quantité, souvent due aux études.
Par contre très peu de femmes de la trentaine. Ce qui pourrait s’expliquer par la maternité. Le temps que cela prend sur la vie d’une femme d’être maman, et de pouvoir s’autoriser à faire quelque chose pour soi sans culpabiliser. Ce n’est pas facile. Dans les premières années de nos enfants, nous avons tendance à nous focaliser sur leur bien-être et à culpabiliser de faire quelque chose pour soi. C’est normal, c’est un des mécanismes de la maternité.
Et puis, dans ma région en tout cas, très peu de femmes de 40 ans et au-delà. Je pense que l’on peut nous compter sur les doigts d’une main.
L’Aîkido peut faire peur à des femmes de 40/50 ans, qu’elles aient fait du sport ou non. Peur de se blesser, de ne pas y arriver, peur d’avoir « la honte » (comme disent les jeunes), peur d’aller au sol, d’être ridicules en kimono. Avec souvent des petites réflexions de leur conjoint : « tu penses encore arriver à faire des roulades ?.. ».
Il est vrai que toutes ces questions sont un premier frein, qu’il faut dépasser et qui se dépasse rapidement, car généralement les nouveaux pratiquants sont souvent bien accueillis et intégrés au sein du groupe. De plus la pratique de l’aïkido s’adapte à notre corps, nos limites, nos difficultés, nos peurs et notre âge.
Mais pour moi, ce qui peut freiner une femme au-delà de la quarantaine à venir pratiquer, ce sont les tabous de la société. Ceux que l’on cache, dont on ne parle jamais.
J’ai lu beaucoup d’articles sur la place de la femme dans l’Aïkido, les avantages, est-ce facile de pratiquer avec les hommes, etc..
Mais jamais ne sont abordées des questions féminines beaucoup plus intimes qui peuvent pourtant être un frein plus important que ceux précédemment cités.
Pour ma part, quand j’ai débuté à 45 ans. Pas de problème, à part peut-être la peur des chutes car j’avais peur de me faire mal. J’ai toujours pratiqué un sport et en tant que maman de 3 enfants j’ai bien fait attention aux rééducations post-accouchement pour éviter les désagréments de la cinquantaine avec cette foutue préménopause et ménopause.
J’avance dans ma pratique, je commence à prendre beaucoup de plaisir dans cette discipline et la mixité est vraiment un atout. Si vous saviez comme cela est réjouissant de réussir à faire passer une technique sur un partenaire beaucoup plus grand et plus musclé !
Je n’ai plus beaucoup d’appréhension pour le sol, les chutes. Cela s’apprend et revient en fin de compte.
Il faut savoir qu’à 50 ans, on n’avance pas aussi vite qu’un plus jeune. C’est aussi cela l’Aïkido, apprendre à prendre son temps, à aller à son rythme.
Donc pour revenir aux tabous, l’idée de la société est que la femme se doit d’être jeune, agréable à regarder, bien coiffée, pas un poil de graisse ou un poil qui dépasse.
Même les photos des sportives sont retouchées. Elles ne transpirent pas, ont des abdos comme des tablettes de chocolat. Bref, tout ce que la femme lambda n’est pas.
Le scandale, quand la judokate a insisté pour allaiter son enfant pendant sa compétition. Cela ne l’a pas empêché de gagner. Ou encore les joueuses de beach-volley qui voulaient avoir des tenues plus agréables à porter pour faire ce sport à l’instar de leur bikini.
Donc j’en viens aux sujets tabous.
Les règles : on n’en parle quasiment jamais. Les femmes n’ont pas de règles, c’est dégoûtant. Pourtant, je me pose la question de nos jeunes pratiquantes en Aïkido qui sont en kimono blanc. Ne doivent-elles pas être mal à l’aise ? Elles n’en parlent pas bien sûr, qui comprendrait ? Alors, elles cachent avec un vêtement en plus ou arrêtent, prétextant les études. Cela n’est que mon questionnement.
La préménopause ou la ménopause : je ne sais pas où je me situe entre les deux, mais je sais que j’y suis. Et que m’arrive-t-il ? Et bien, des symptômes pas très réjouissants. Mais comme le sujet est tabou, je les découvre au fur et à mesure.
Par exemple, nous attaquons l’échauffement basique, on ne se met pas dans le rouge au niveau cardio (car l’aïkido est une discipline ou l’on travaille énormément le cardiovasculaire). Quand j’ai commencé ça allait, à la fin de l’échauffement j’étais encore fraîche. Mais là, au bout de 30 minutes, je suis rouge, je transpire, je dégouline de partout, j’ai les cheveux en vrac. On croirait que je viens de faire un mini-marathon. J’exagère, mais l’idée est là. Pendant que mes partenaires n’ont pas l’air de souffrir comme moi. Alors discrètement j’ouvre les fenêtres, même en plein hiver. Il m’arrive de prendre un petit ventilateur pour me rafraichir. Heureusement pour moi, la honte ne tue pas.
Ensuite, lors de l’échauffement, nous faisons des petits sauts et dans la pratique des roulades, des chutes arrières.
Quelle surprise de découvrir, cette année, que malgré la rééducation post -accouchement, le pilate que je fais chez moi, et bien les fameuses fuites urinaires sont venues au RDV. Pas tout le temps, mais quelque fois. Je ne vous raconte pas comment j’ai été gênée. Je n’en ai pas parlé, c’est tellement dévalorisant et cela renvoie l’image d’une grand-mère, mais aussi de la publicité pour les protections du troisième âge.
Et puis avec les fuites urinaires, et bien il y a les copines qui arrivent : les fuites de vent, de flatulences, de pets, de proutes, enfin vous les appelez comme vous voulez, mais à ce moment-là, je crois qu’on a touché le fond.
Si seulement ils étaient discrets, mais non, tout le monde en profite, le son qu’ils émettent est tellement révélateur que l’on ne peut pas se cacher. Je ne suis pas quelqu’un qui a honte de faire quelque chose. Mais là, j’ai vraiment été très mal à l’aise.
Alors quand cela m’arrive en stage où il y a pléthore de gros balèzes, je fais semblant de rien et regarde la personne qui est à côté de moi pour faire style. Mais là, je l’ai partagé qu’auprès de mon groupe.
Alors personne ne m’a fait de remarque ou ne m’a jugé. On en a rigolé. Mais ce n’est pas facile. J’en arrive à faire attention à ce que je mange le midi afin de ne pas avoir de dérangement le soir. Et je ne bois pas au moins une heure avant le cours.
Pendant certains cours, je contracte mon périnée au maximum pour éviter tout échappatoire quelconque, mais à 52 ans c’est mon corps qui décide. Après on me dit « Détends-toi » ce qui est drôle car mes partenaires n’ont pas connaissance de ce que je traverse. Si je me détends, ça va être « la fête du slip », comme dirait mon enfant.
Il y a aussi la fatigue physique et psychique qui est plus marquée qu’à mes 45 ans. Mais là, peut-être n’ai-je pas fait le deuil de la jeune femme dynamique que j’ai été avant. Il me faut avancer avec mon âge, mon corps et accepter ces nouveaux désagréments. Trouver des astuces pour me sentir plus à l’aise.
Cela me fait du bien d’en parler et de partager mon expérience avec vous, pour vous dire que vous n’êtes pas la seule à qui cela peut arriver. Mais quand on ne le sait pas, on essaie de gérer. Et s’il y a une femme à peu près de votre âge, n’hésitez pas à en parler.
Parce que lorsque nous faisons des séances d’aïkido parents/enfant, ou des forums. Je vois beaucoup de femmes de mon âge qui ont les yeux qui pétillent. Elles essaient, s’amusent. Elles aimeraient tester, je pense, mais n’osent pas.
Alors est-ce dû aux premières inquiétudes fondamentales ou alors aux questions tabous ?
J’espère avoir levé le voile. En tout cas cela m’a fait du bien de parler de ce que la société tait. On ne reste pas jeune éternellement mais on peut tout aussi bien s’amuser après 45 ans. Le tout est de s’accepter et que les gens qui nous entourent comprennent et ne soient pas dans le jugement.
Alors faites-vous plaisir. Et si ce sont les tabous qui vous empêchent de venir essayer, on s’en sort, croyez-moi. Le principal est d’en parler, ce que la société n’est pas encore prête à faire.
Séverine


Un grand merci !
Je tiens sincèrement à remercier Séverine tant pour sa présence, son investissement que pour sa franchise. Elle m’apprend beaucoup de chose aussi bien sur le tatami qu’en dehors. Donc un grand merci pour ce témoignage poignant !
Ci-contre, le lien vers l’article parlant de la mixité en aïkido.
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