L’ego est-il un Fléau pour l’aikido ? – Partie 2

J’aimerais ici vous exposer mon introspection. Certains la trouveront égocentrique ou présomptueuse, mais n’est-ce pas un article sur l’ego justement ? Je plaisante évidemment. Mon idée est de verbaliser mes craintes et mes espoirs en utilisant comme crible l’article « L’ego est-il un fléau pour l’aïkido ? – Partie 1 », à retrouver en cliquant sur le bouton ci-dessous :

L’état des lieux

Pour être honnête et transparent, ce sont deux remarques reçues qui m’ont donné l’envie d’écrire sur mon propre ressenti vis-à-vis de mon ego en aïkido. L’une vient d’un ami, l’autre, d’une connaissance que j’admire pour son travail. Comment surmonter un problème si je n’y fais pas face ? Alors allons-y…

Ma technique

La première remarque porte sur ma pratique et ma technique : « As-tu des problèmes d’épaule ? » m’a été demandé, et pas qu’une fois. Cela semble anodin mais ça me fait cogiter encore aujourd’hui.

Alors, oui, j’ai eu un problème à mon épaule gauche qui a réduit ma mobilité irrévocablement, mais il y a de ça près de 20 ans. Cela étant, durant toute ma pratique, aucune raideur, à quelque épaule que ce soit, ne m’a jamais été reprochée. Mais, d’où vient cette rigidité ? Je ne la comprends pas, et pire, je ne la ressens pas.

Avec du recul, j’identifie plusieurs causes potentielles :

  • une pratique insuffisante
  • une crispation émotionnelle
  • une appréhension quelconque
  • un travail trop régulier avec des personnes rigides

Le premier et le dernier point sont les plus faciles à traiter. En effet, mon club de Sarry est composé, pour moitié, de nouveaux pratiquants. Certains ont une corpulence et une force physique dont je suis admiratif. J’ai très probablement dû essayer de passer en force trop souvent pour essayer de rester crédible vis-à-vis d’eux. Le correctif à adopter est ainsi d’autant plus simple : répondre avec souplesse à leur force physique. C’est en améliorant ma technique que je serai crédible, pas en trouvant des raccourcis qui m’éloignent de ma voie. Comme quoi, même les plus débutants me font progresser. Ainsi, pour faire évoluer ma technique, il me faut suivre un ou deux techniciens référents et assister à leurs cours le plus souvent possible. Tout cela est, avant tout, dans le but d’être plus pertinent dans mon enseignement.

Les autres points sont beaucoup plus sensibles. Ils sont, d’ailleurs, probablement liés. Je refuse de rentrer dans une dénonciation indécente, rassurez-vous. Ce serait un moyen de déporter la responsabilité sur d’autres. En revanche, la cause principale que j’identifie relève d’une grosse perte de confiance en moi.

Il faut savoir qu’en tant que pratiquant, ma progression a été très rapide. Pour faire simple, ma première licence fédérale date de 2009 et j’ai passé mon 4ᵉ dan en 2022, avec un BF, un DEJEPS et une formation pour être examinateur dans le lot. Autant vous dire que je n’ai pas trop connu la frustration de l’échec, pour ma part du moins. Ce sont les échecs de mes camarades qui m’ont souvent touché. Ainsi, j’ai pris cette remarque de plein fouet alors que je me pensais à l’abri de ce type de difficulté. Juste retour à la réalité, me direz-vous. Ce qui est certain, c’est que mes expériences récentes m’ont confronté, tout aussi durement, à l’image fragilisée que j’avais de mon propre travail. Je sais bien que tout n’était pas parfait, mais je ne pensais pas que je stagnerais, voir que je régresserais. Qu’à cela ne tienne. Il me faut redorer l’image que je vois dans le miroir.

L’autre indice de cette perte de confiance fut une situation dans laquelle j’ai senti mes jambes trembler, littéralement. C’est arrivé lors d’un moment de pratique en groupe restreint avec de hauts gradés. Ça ne m’était jamais arrivé, même pendant mes passages de grades ou examens. Je ne dis pas que c’est mal, c’est juste une grosse remise en question que je dois prendre comme telle pour avancer. Jusqu’à présent, j’avais toujours surmonté mon stress en me répétant : « Ce n’est que de l’aïkido ! Si je fais de l’aïkido, c’est pour me faire plaisir, quels que soient les enjeux. ». Mais, là, ça n’a pas suffi.

Pour surmonter cela, je ne vois pas beaucoup de méthodes. Je choisis donc d’aller de l’avant en :

  • Proposant des projets dans lesquels je me sens compétent : Je garde ma ligne de conduite en proposant des projets et en me battant pour qu’ils arrivent à leur terme même si ce n’est pas moi qui les conduis jusqu’au bout.
  • me confrontant aux regards des hauts gradés autant que possible : des stages, des cours, des passages de grades sont autant d’occasions de confronter sa pratique à un regard extérieur. Aujourd’hui, enseignant et technicien, je dois continuer à me remettre en question. C’est par le regard d’experts que je pourrai retrouver ma légitimité. En tout cas, c’est ma conviction.
  • m’entourant de personnes de confiance prêtes à m’aider, à avancer, de manière honnête et bienveillante : aujourd’hui, en premier lieu, j’ai mon ami et comparse du club de Sarry, Simon, et tous les adhérents. Mais au-delà de mon simple club, j’ai été intégré à un groupe de hauts gradés (alors que je ne le suis pas). C’est une équipe positive avec laquelle j’ai envie de travailler et de progresser, notamment auprès du responsable de celui-ci. Je sais qu’ils vont pouvoir m’accompagner pour trouver une place qui me correspondra et pour laquelle je serai légitime, que ce soit en direction du public enfants, ou pour un public adulte.

Je reviens un instant sur les passages de grade. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler longuement dans une série d’articles : « Grades et ceinture noire – tout un débat ». Pour ce qui me concerne, la saison prochaine, j’aurai atteint le délai réglementaire pour passer mon 5ᵉ dan. Évidemment, je ne m’y présenterai qu’avec l’accord du professeur que j’estime comme mon référent, mais l’objectif est de faire valider ma légitimité par des experts extérieurs. Je trouve ainsi très pertinente la mise en place d’examens obligatoires pour les grades de 5ᵉ 6ᵉ dan. Cela permettra de réduire l’impact que les faux débats sur l’ego peuvent provoquer.

Mon image et l’avis des autres

La deuxième remarque porte sur la perception que certains peuvent avoir de moi. Un jour, un ami qui voulait m’aider en me mettant en contact avec certaines de ses connaissances a dû me décrire à celles-ci en disant de moi : « Il a les dents longues mais je lui fais confiance. ».

Je savais que ma position pouvait déranger, mais je ne m’imaginais pas avoir cette image péjorative, notamment venant d’un ami. Je suis touché par sa confiance, mais qu’est-ce que cela traduit ? Que dois-je en penser ? Dois-je changer des choses ? Difficile de répondre à brûle-pourpoint.

Ce que j’assume : vouloir porter des projets pour faire évoluer les choses. Cela fait partie de mon échelle de valeurs morales. Mon postulat est que : « faire » est toujours plus efficace que de « râler ». Cela dérangera donc forcément ceux qui restent dans une posture critique. Je ne peux que prendre acte de ce genre de chose et continuer d’avancer. Tout le monde a le droit d’avoir un avis, même s’il désapprouve le mien. Au contraire, à mon sens, c’est de la contradiction que naît le progrès.

En revanche, cela pose une autre question : ma réaction ne cacherait-elle pas un besoin de me faire apprécier ? Évidemment que oui, et c’est à faire évoluer. Même si j’ai conscience que se faire bien voir relève de la pulsion, il est important que cela ne prenne pas le pas sur le reste. Ne pas réduire mes principes est crucial, mais je me dois d’avoir une écoute développée et active, vers ceux qui m’apprécient, mais également vers ceux qui formulent des critiques. Pour m’aider à ne pas tomber dans un travers, je pense avoir besoin de retours honnêtes. Pas besoin d’être gradé ou philosophe pour cela. Je compte m’appuyer sur mes amis, à l’intérieur comme à l’extérieur du domaine de l’aïkido. J’en ai déjà parlé à plusieurs d’entre eux pour leur demander, explicitement : « Si tu vois que je dérape dans la recherche de complaisance ou à l’inverse, dans une obstination aveugle, dis-le moi sans détour. ». Sans la remarque faite par mon ami, il est impossible de se rendre compte de ce qui va ou pas. La tête dans le guidon, nous sommes les premières victimes d’un déséquilibre dans le rapport à avoir entre ses émotions, son échelle de valeur et le regard des autres.

Conclusion

Non, de mon point de vue, l’ego en soi n’est pas un fléau de l’aïkido occidental, mais notre discipline n’est pas exsangue de ses dérives. La particularité de notre art, c’est que justement, avoir un ego équilibré relève de la recherche de perfectionnement dans notre discipline. Comprenez-moi bien, je ne blâme personne. Mon envie est de sortir du jugement et de la critique pour entrer dans une ère de progrès pour nous. Le message va sembler encore utopique mais sortons de ces querelles pour avancer.

Pour gérer l’équilibre de mon moi, j’ai donc trouvé ces pistes que je vous récapitule. Les écrire m’engage, alors je m’engage à :

  • M’entourer d’amis qui me donneront un retour honnête sur moi et mon attitude globale
  • Écouter les critiques pour améliorer les choses, pas pour détruire
  • Exposer mon travail, technique notamment, au regard des experts
  • Garder des valeurs claires. En ce qui me concerne :
    • Ne pas penser tout savoir
    • Accepter d’en savoir suffisamment pour guider des pratiquants
    • Proposer des projets que d’autres reprendront ou poursuivront
    • Ne pas juger mais apprendre de ses erreurs et des expériences de ceux qui m’entourent
    • Qui ne tente rien n’a rien

Je sais, il s’agit peut-être là d’un vœu pieux. Mais sans s’y engager, comment rendre cette utopie réaliste ?

Quoi qu’il en soit, je vous remercie de lire ces quelques lignes. Vous, vous à qui je dévoile mes fragilités, je vous fais confiance pour vous en emparer afin d’avancer. Je n’ai donc qu’un souhait pour cette année 2026 : je souhaite que chacun d’entre vous trouve le chemin de l’équilibre qui, à mon sens, mène au bonheur.

On n’oubli pas l’outil prévu pour aider les sections jeunes des clubs.

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