L’ego est-il un Fléau pour l’aikido ? – Partie 1

Beaucoup de posts tournent sur les réseaux pour dénoncer le poids de l’ego dans certains dojos. Ce n’est d’ailleurs pas des plus positifs pour l’image de notre discipline.

Dans cet article, je vais essayer, sans juger, de vous donner mon regard et mon expérience sur la question.

L’ego, c’est quoi ?

Si je prends la définition trois du Larousse en ligne : « Traduction usuelle en anglo-américain du terme freudien Ich, qui signifie aussi bien « moi » que « je ». » (source). Cela étant, nous ne pouvons pas nous soustraire à une définition plus psychologique. Je vous propose cet article de presse, plutôt abordable, qui m’a grandement éclairé sur ce mot tabou qu’est « l’ego » : lien vers l’article.

Pour faire simple, je retiendrais cette phrase de l’article cité précédemment : « Chez Freud, « le moi apparaît comme un intermédiaire entre le ça pulsionnel et le surmoi » (Bourahla, 2019, paragr. 5). Autrement dit, le « moi » maintient l’équilibre entre nos instincts inconscients, nos interdits moraux et les contraintes du monde extérieur. »

Ainsi, en suivant cette approche, il ne me semble pas possible de diaboliser, en soi, ce concept. Chacun essaye, autant que faire se peut, de se construire une identité en faisant le lien entre les pulsions instinctives (bonnes ou mauvaises) et l’image de nous-mêmes que nous nous construisons dans les yeux de ceux qui nous entourent (au sens large). Le tout doit respecter une échelle morale qui nous est propre. Ce n’est pas forcément simple, mais tout le monde en a besoin. 

Les problèmes arrivent, à mon sens, quand un déséquilibre s’installe :

  • Les pulsions prennent le pas sur l’échelle de valeurs ou l’intégrité des autres,
  • l’échelle de valeurs est soit trop dogmatique soit trop inexistante pour contrebalancer les autres composantes,
  • le regard des autres devient prépondérant dans la construction du moi.

Pour se forger ce moi, beaucoup d’indicateurs entrent en jeu. Cela relève tout autant des expériences personnelles que de l’entourage ou du rapport à soi avec cette fameuse « confiance en soi ». Celle-ci pouvant être en déficit ou en excès, évidemment.

Dans ce cadre, peut-on vraiment blâmer les personnes pour leur ego ? Sur leur construction d’eux-mêmes ? Je ne le pense pas. En revanche, il y a également deux dérives dans lesquelles tomber serait un piège :

  • Juger les actes de ceux que l’on critique avec comme unique grille de lecture, ses propres exigences,
  • Penser que la vérité nous appartient à nous seuls car cela correspondrait à se couper entièrement du surmoi dont parlait Freud.

Malheureusement, en aïkido, particulièrement en Occident, les pièges pour tomber dans ces deux dérives sont nombreux. Je ne parlerai ici que de la vision occidentale de notre pratique de l’aïkido car, au Japon, la culture est trop différente de la nôtre pour pouvoir en faire des parallèles. La construction de l’identité personnelle y est tellement différente par rapport à nos latitudes que s’en prévaloir serait une erreur à mon sens.

Que se passe-t-il dans nos clubs alors ?

Du point de vue de l’enseignant ou du cadre technique :

La sensation est grisante et peut, en même temps, faire peur. En effet, quand on est enseignant, de la part des élèves, un rapport d’autorité s’installe par nature. C’est l’enseignant qui apporte des choses aux élèves, et pour eux, ce n’est pas l’inverse.

Pourtant, à mes yeux, il faut avoir en tête qu’enseigner permet aussi au professeur de progresser. Dispenser des cours réduit, de facto, le temps passé pour en suivre. Du coup, pour ne pas se scléroser, il est important de pouvoir continuer sa recherche quand on occupe cette responsabilité. De ce fait, les élèves nous apportent énormément et nous permettent de poursuivre notre construction de pratiquant. Il ne faut pas négliger la pratique personnelle, mais elle doit se faire ailleurs que dans notre dojo et demande forcément du temps et de l’investissement.

Comme je le disais, cette posture peut donc s’avérer grisante à plus d’un titre. La posture d’autorité doit donc être relativisée. D’autre part, nous sommes souvent chouchoutés comme enseignants. On nous offre de petites attentions, on prend soin de nous, tout le monde veut nous aider… Ces attentions sont louables et réconfortantes, mais je perçois la possibilité de se laisser prendre par celles-ci au point de les attendre ou même de les réclamer. À ce moment-là, difficile de dire qui entre, l’échelle de valeurs morales, les pulsions ou le regard des autres, prend le contrôle, mais un vrai déséquilibre s’installe. Parfois, cela va vers un excès de confiance laissant à penser que seul l’enseignant détient LA vérité, et dans tous les domaines. Ce qui est évidemment faux.

Pour finir, comme il n’y a pas de compétition en aïkido, il n’y a pas de retour d’expérience et de confrontation. C’est bête à dire, mais un enseignant qui ne se « met pas en danger » en se confrontant à d’autres réalités que la sienne, aura d’autant plus de mal à ne pas tomber dans cet excès là. Souvent, cela se transforme en une course aux grades qui s’avère plus délétère qu’autre chose. J’y reviendrai en partie 2.

Mais ne négligeons pas le revers de la médaille. Être enseignant, c’est aussi une responsabilité qui n’est pas négligeable. Le progrès de ses élèves est aussi le reflet de nos réussites et de nos échecs. Ce poids peut entrainer une destruction, plus ou moins progressive, de la confiance en soi de l’enseignant qui peut réagir de manières très différentes :

  • Une remise en question trop brutale qui peut l’amener à tout arrêter ou à avoir le complexe de l’imposteur,
  • une remise en question modérée qui permet d’être constructif,
  • aucune remise en question, « L’échec des élèves n’est pas la mienne ! ».

Les deux réactions extrêmes vont également provoquer des déséquilibres qui peuvent dégrader progressivement mais fortement la situation. Mais, quel est le rôle des élèves dans ce type de situation ? Je vais vous expliquer ma vision des choses.

Infographie crée avec Napkin AI

Du point de vu des pratiquants ou des observateurs :

Nous savons à quel point pratiquer un art martial comme le nôtre peut provoquer des remous émotionnels importants. La frustration, le sentiment d’échec ou de supériorité, sont autant de sentiments naturels qui nous permettent de nous construire… ou pas.

Commençons par les sentiments négatifs. La route est longue pour progresser en aïkido. Un débutant, souvent centré sur sa pratique, peut éprouver beaucoup de frustration. Un regard bienveillant de l’enseignant et des sempaï est alors essentiel pour relativiser cette sensation désagréable. Malheureusement, tout le monde a une vie à côté du dojo. Parfois, il arrive que ceux qui sont autour ne soient pas réceptifs aux malheurs du débutant. Le temps, la patience et le courage seront alors des vertus essentielles pour perdurer. Cela étant, si la situation persiste, l’élève est en droit de questionner ses partenaires pour savoir comment progresser. L’enseignant, lui, va devoir adopter une attitude plus positive aussi pour mettre en valeur les réussites sans se focaliser sur les difficultés. Ce n’est pas toujours simple en cas d’échec à un examen par exemple. Mais, à mon sens, en Occident, un dojo est un collectif avant d’être un lieu de transmission pur. Sans le premier, le second ne me semble pas pouvoir s’épanouir.

Dans l’extrême inverse, tout peut sembler réussir à un pratiquant, quasiment de manière insolente. Il est alors important de garder les pieds sur terre. Ce n’est pas parce que la progression est rapide dans le dojo, que le niveau est exceptionnel au regard des autres pratiquants en France ou ailleurs. Ce sentiment d’invulnérabilité peut provoquer un prisme déformant de son propre niveau par rapport à ceux que nous pouvons croiser sur le tatami. Cela peut même aller jusqu’à dénigrer une personne que le pratiquant connait à peine, soi-disant, parce que le niveau est inadmissible par rapport au grade porté, par exemple. Dans ce cadre, voilà encore un déséquilibre important entre nos trois critères qui peut mener à des jugements rapides et infondés envers des personnes qui n’ont rien demandé.

À mon sens, avoir un regard critique sur ceux qui nous entourent est essentiel à condition que la critique reste constructive pour soi, ou pour la personne sur qui elle porte. En ce sens, les élèves doivent, pour ma part, jouer un rôle sur le bon fonctionnement de l’enseignant tout comme l’enseignant doit le faire pour ses élèves. C’est un travail commun où chacun a sa voix au chapitre. Des critiques à sens unique, même constructives, ne peuvent engendrer que du déséquilibre.

Infographie crée avec Napkin AI

Pour conclure cette partie 1 :

Les sources de déséquilibre qui engendrent un ego inapproprié sont très, mais alors très nombreuses. Si ça peut vous rassurer, cela existe dans tous les champs de notre société, nous ne sommes pas les seuls concernés. Ces sources peuvent toucher tout le monde : du débutant au confirmé, l’enseignant comme l’expert, personne n’est à l’abri. Il nous faut donc trouver des « contre-pouvoirs » efficaces permettant de retrouver un équilibre entre les émotions, le regard des autres et son échelle de valeurs morales.

Je ne prétends pas avoir les réponses et je refuse de pointer du doigt une personne ou une autre. Mon envie est de réfléchir à la situation et de vous proposer des pistes de solution que j’ai trouvées pour moi. L’objectif est ainsi double : faire un travail personnel pour verbaliser mes doutes et mes inquiétudes puis formaliser des pistes de solutions pour ma propre situation qui aideront, je l’espère, certains d’entre vous à progresser sur notre chemin commun. Oui, la maîtrise de son propre corps et de son propre esprit est l’un des nombreux principes de notre budo qu’est l’aïkido.

On n’oubli pas l’outil prévu pour aider les sections jeunes des clubs.

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