Quelle définition donner à ce bel art martial ? C’est difficile quand nous sommes dedans depuis des années. Le moins que je puisse dire, c’est que la description que j’en fais aujourd’hui est très différente de celle que j’aurais donnée lors de mes débuts. Je ne dis pas que mon impression d’aujourd’hui sera celle de demain, en réalité, j’espère que ma vision s’affinera encore. Cependant, j’aimerais vous raconter le cheminement d’un pratiquant que je connais un peu puisque c’est le mien. Le but n’est pas de parler de moi, mais de donner un exemple, parmi tant d’autres, de ce qu’est notre discipline. Ainsi, sur les conseils de mon ami Sébastien, je vais essayer de vous détailler mon cheminement dans trois articles (pour aller voir la Partie 1 et la Partie 2).
Dans cette dernière partie, je vais un peu vous dire ce qui se passe lorsqu’on vieilli.

Avec Sebastien que j’ai le plaisir de retrouver à Sarry
Stage d’Erwin Schaller Senseï
Avec la fatigue de la vie de famille et de la vie professionnelle, s’est installée une recherche plus fine des principes sous-jacents. Je ne parle pas des qualités athlétiques qui commençaient à me faire défaut, mais plutôt du « pourquoi » choisir un mouvement plutôt qu’un autre. Plus le temps avance et plus je découvre de nouvelles choses à corriger, à améliorer. La dépense physique est toujours présente, et elle fait du bien au corps, mais c’est cette recherche psychologique qui m’a réellement attiré de plus en plus. Ainsi, entre le deuxième et le troisième dan, j’ai commencé à découvrir ce que voulait réellement dire « irimi » ou « taïsabaki ». Les notions de « ma-aï » et de « de-aï » se sont affinées. Je suis d’accord, ces noms barbares (japonais en réalité) ne vous évoqueront peut-être pas grand-chose pour le moment, mais vous allez voir, ça viendra. En somme, j’ai peu à peu découvert l’aïkido comme un moyen de contrôler son propre corps et son propre esprit, bien mieux que pour contrôler le corps ou l’esprit des autres. Je parle de la façon de choisir, de manière à la fois consciente et réflexe, la meilleure attitude, le meilleur mouvement à donner à son corps, la meilleure intention à donner à son esprit vis-à-vis de la situation rencontrée. L’aïkido permet, dans un contexte martial, et qui doit le rester, de se découvrir soi.
Cette recherche de perfection ne me quitte plus depuis lors. Il y a un côté frustrant à se dire qu’il y a toujours un truc à changer, à améliorer. Cependant, la recherche de perfection du mouvement et la vision du chemin parcouru assoit une estime personnelle suffisante pour affronter l’étape suivante. Oui, la première qualité de vie que m’a apporté l’aïkido est, sans aucun doute, la possibilité de me donner une confiance en moi suffisante pour réaliser des projets, pour affronter des situations difficiles de la vie courante. Que ce soit dans ma vie professionnelle ou personnelle, j’ai pu assumer des décisions sans trembler. Bien évidemment, j’ai commis et commettrai encore des erreurs, mais elles m’ont davantage construit que détruit.

Le plus gros des pièges serait de tomber dans l’excès inverse. Pour l’éviter, je compte beaucoup sur mon entourage et mes amis, autant sur qu’en dehors des tatamis. La remise en question est essentielle pour progresser, mais si elle n’est que personnelle, elle est biaisée à mon sens. Seul un entourage franc et direct permet de garder les pieds sur terre. Oui, en effet, l’aïkido est aussi un lieu social où le dialogue se fait aussi bien sans qu’avec des paroles. C’est un écrin précieux pour ses moments de vie inoubliables, si tant est que l’on ne se perde pas dans l’euphorie ambiante. De notre entrée dans le dojo à notre sortie, mais également en dehors, le dialogue existe et doit perdurer. Sans dialogue, il n’y a pas de technique : si un partenaire refuse d’attaquer, il nous est impossible de faire kote gaeshi par exemple.
J’ai eu le plaisir d’accompagner, durant des années maintenant, des pratiquants de tout âge et de tout horizon. Chaque personne que j’ai eu le plaisir de rencontrer a fait son choix, a construit sa définition de notre art. Du débutant au confirmé, la diversité des points de vue fait la richesse des rencontres que nous faisons dans notre discipline. Ainsi…
Chers débutants,
Ne doutez jamais de l’énorme potentiel que vous pouvez développer tant chez vous que chez les partenaires que vous allez croiser. Un confirmé vous aidera à grandir, c’est vrai, mais vous l’aiderez aussi à progresser. Il s’améliorera justement grâce à la fraîcheur avec laquelle vous abordez la pratique. Vous n’aurez pas les mêmes objectifs, vous y trouverez donc chacun un avantage à pratiquer ensemble. Je ne peux donc que vous encourager à pousser la porte d’un dojo ou d’un stage, tout le monde en sortira grandi… surtout si vous en sortez en tirant la langue de tous les efforts fournis.
À bientôt sur le tapis les amis !

Laisser un commentaire